Féminité au cinéma Afghan
- Mino Lesani
- 14 juil. 2024
- 6 min de lecture
Syngué sabour / Pierre de patience, Un film d’Atiq RahimiAdapté du roman d’ Atiq Rahimi
Comment le langage cinématographique, interprète-t-elle la vie quotidienne d’une femme afghane dans un contexte de guerre ?
Fatima LESANI
Master 1 Cinéma et Audiovisuel
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Avril 2024

Introduction
Le roman Syngué sabour (Pierre de patience) de l'écrivain et réalisateur franco-afghan Atiq Rahimi a remporté le prix de Goncourt en 2008. Le livre fait référence à la poétesse afghane Nadia Anjuman, sauvagement assassinée par son mari qui la trouvait trop libre. En 2012, il a produit son second film, intitulé Syngué sabour, qui est une adaptation de son célèbre roman.
Résumé du film
En considérant des éléments cinématographiques comme la location et les dialogues des acteurs, nous pouvons considérer que l’histoire se déroule pendant la guerre civile en 1990 en Afghanistan. Nous sommes au milieu de la guerre. La capitale Kaboul est sous les bombes. « Kaboul est sous les bombes … On devine l'Afghanistan sans qu'il soit jamais vraiment désigné, les personnages n'ont pas d'autre nom que la Femme et l'Homme ». Il y a des moments où le feu de guerre s'apaise légèrement et nous permet de suivre la vie passée de la femme, tandis que d'autres fois, il s'enflamme à tel point qu'il forme la vie actuelle de protagoniste. Il y a deux semaines que la protagoniste est incarcérée chez elle à cause de l’état végétatif de son mari. Il respire en étant immobile et sans aucune réaction. Il a besoin fortement de soin. La raison pour laquelle la femme ne peut pas sortir de chez-elle. Même au moment où la maison est sous les bombes.
En effet, nous suivons l’histoire des femmes solitaires dans une époque effrayante. Elles doivent chercher le pain non pas seulement pour elle-même, mais parfois pour leurs familles. Notre protagoniste est presque une femme veuve, libérée depuis quelque temps déjà, et personne ne se demande d'où elle trouve le pain pour elle et ses filles? La faim, la pauvreté et la guerre la contraignent à se prostituer. Mais elle ne se prostitue pas pour tout le monde, elle vend son corps au soldat qui la violé à la première rencontre. Ils tombent amoureux au fil du film. L’histoire que nous l’avons vue plusieurs fois dans l’autre film. Mais le point important de ce film est son côté narratif. Notre héroïne est une femme souffrante qui raconte sa vie et ses secrets à son mari immobile. Et son mari devient son Syngé sabour ; Dans la mythologie perse, il existe une pierre magique qu'on place devant nous même pour libérer de nos malheurs, souffrances, douleurs et misères. On lui raconte tout ce qu'on n'ose pas partager avec les autres. La pierre écoute attentivement, absorbant chaque mot, chaque secret, jusqu'à ce qu'elle atteigne sa limite. Ce jour-là, elle éclate, apportant enfin la délivrance.
Problématique
-De la réalité à la non-réalité dans le film
Contexte politique et social : Afghanistan est un pays où s’est confronté il y a longtemps, en particulier depuis le coup d’Etat en 1978 jusqu’à aujourd’hui. Pourtant il faut mentionner que pendant les années 2001-2022, il y avait un système de démocratie. Mais après ce 2O ans les Talibans sont au pouvoir et il n’y a pas encore la paix.Afin de connaître bien le contexte social et politique du film, il faut considérer deux périodes spécifiques ;
La période pendant laquelle le film a été tourné
La condition de guerre dans laquelle le film se déroule
En raison des conditions politiques en Afghanistan et du contenu controversé du film, la réalisation d'un film en l'Afghanistan semble difficile. En particulier, ce film aborde deux sujets très sensibles et controversés : d'abord, il y a la question de la femme et des normes sociales qui lui sont imposées. Deuxièmement, cela traite des guerres internes, du rôle des groupes régulateurs et des leaders jihadistes dans les conflits internes des années 90. En 2007, les leaders jihadistes ont réussi à influencer le Parlement afghan pour adopter la Loi sur la Réconciliation Nationale et l'Amnistie Générale, permettant ainsi de disculper toutes les accusations, y compris les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité commis pendant la guerre civile en 1990. Malgré la fin de la guerre, ils ont préservé leur influence au sein de la structure politique du pays. (National Réconciliation, General Amnesty, and National Stability Law, 2008). L’article 3 de cette loi indique :
« All political factions and hostile parties who were involved in a way or another in hostilities before establishing of the Interim Administration shall be included in the reconciliation and general amnesty program for the purpose of reconciliation among different segments of society, strengthening of peace and stability and starting of new life in the contemporary political history of Afghanistan, and enjoy all their legal rights and shall not be legally and judicially prosecuted.”
Par conséquent, il est compréhensible qu'en 2012, la réalisation d'un film avec un tel contenu en Afghanistan soit une tâche difficile Donc, avec un budget très modeste (1,5 M €), certaines parties du film ont été produites au Maroc à Casablanca, dans un quartier à l’abandon où les lieux de tournage étaient largement proches du paysage géographique de l'Afghanistan. Le plan de travail s’est réparti sur cinq semaines au Maroc, puis une semaine à Kaboul. Compte tenu des difficultés soulevées pour réaliser ce film, notre problématique est ;
Comment le langage cinématographique, interprète-t-elle la vie quotidienne d’une femme afghane dans un contexte de guerre ?
En effet, il y a une tension entre « situation chaotique » et la mise en scène qui ne cherche pas à « créer l’angoisse et l’anxiété » Dans le contexte guerrière et en particulier la guerre civil, la tuerie et la manque de sécurité, le vol et cambriolage sont des éléments indissociables. Le directeur explique : « C’est une guerre et peu importe de savoir qui se bat contre qui. Nous n’allions pas prendre position. » . Pourtant, il a voulu montrer Kabul « « Nous savons juste que nous sommes dans un quartier de Kaboul et que la ligne de feu se rapproche. » Il faut dire que le seul moment où le capital de l’Afghanistan était sous des bombes, c’est durant la guerre civil en 1990. « For more than a week, the rebel militia of Gulbuddin Hekmatyar has pounded Kabul with thousands of rockets and shells in the heaviest fighting since April, when the country's fractious mujaheddin groups ousted the Soviet-installed government of president Najibullah. The city has lost electricity and water, and U.N. officials warned that cholera, dysentery and other diseases could spread rapidly.» (Il est à noter que cette guerre s'est déroulée entre différents groupes ethniques) Imaginant cette situation, le film ne transmet pas tout cela à première vue et nous voyons la question de la sexualité. Cependant il est raisonnable que dans cette situation chaotique sauver la vie est en priorité et l’héroïne et sa tante se survivent par la seul moyen qui reste pour elles. En effet, ce film montre bien que dans la condition où l’homme n’a pas d'autre moyen de survivre, il utilise son corps. Comme ce que nous voyons dans le film Le Cercle des Neiges de Juan Antonio Bayona -2023.
Ce film a réalisé à la base d’une histoire vrais et cela montre dans la condition où il n’y avait aucun moyen d'échapper à la famine, ils mangeaient les corps des morts.Mais le point paradoxal dans le film Pierre de patience et ce que fait éloigner ce dernier de la réalité, c’est la manque de l’angoisse et la peur ou même celle de l’aspect moral sont des éléments qui font éloigner le film de la réalité. Alors que dans le film Le Cercle des Neiges de Juan Antonio Bayona , Dans l’endroit où les hommes sont en train de mourir de faim, après beaucoup de discussion et soulever des questions morales pendant plusieurs jours, ils acceptent de nourrir les corps des morts. Donc le spectateur accepte le réalisme présenté à la base de l’stresse, la pression et les questions morales existant dans le film. Les concepts non physiques sont transmis par les éléments cinématographiques ou bien par la mise en scène. Alors que Dans le film Syngué sabour ce qu’il manque, ces sont le stresse, la pression et les questions morales et Figuration total du film ne répond pas à cette réalité.
Est-ce que ce sont les différents éléments de la mise en scène qui ne reflètent pas la réalité d'un contexte marqué par la guerre et les conflits armés ? Ou est-ce le traitement des scènes de sexe qui nous éloigne de l’atmosphère guerrière, du stress, de la pression et de la peur ?Tous d’abord, disant qu’il y a beaucoup des scènes picturales, l’analyse de la plasticité est indispensable. Puis nous allons analyser le jeu des acteurs et des actrices dans trois espaces : l’intérieur (la maison), l’extérieur (la rue) et la maison de passe. La connexion visuelle et sonore entre ces trois espaces en lien avec le sujet de la guerre sera mise en question. Pourquoi l’angoisse et la peur, conséquences de la guerre, ne se manifestent-elles pas dans tous les espaces ? Pour répondre à cette problématique, nous adopterons une approche multidisciplinaire combinant perspectives sociopolitiques et études de genre, en nous appuyant sur l’analyse esthétique.

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